samedi 3 mai 2008

Prix Libéraux.org 2008


Le prix que l'association liberaux.org vient de décerner pour l'année 2008 est attribué à Serge Schweitzer, professeur d'économie à Aix-Marseille III. Plutôt qu'un long discours inutile, je vous souhaite bonne lecture des mélanges que l'association a rédigée en son honneur.

dimanche 20 avril 2008

Le texte du jour

"Je connais des gens qui prennent la vie en horreur sous l'étrange prétexte que le monde leur déplaît. Comme si le monde et la vie étaient sortis jumeaux du même ventre!
Le monde n'est que le lieu où la vie s'aventure. Il est rarement accueillant. Il est même parfois abominable.
Mais la vie!
L'enfant qui apprend à marcher, c'est elle qui le tient debout. La femme qui apprend les gestes de l'amour, c'est elle qui l'inspire. Et le vieillard qui flaire devant lui les brumes de l'inconnaissable, affamé d'apprendre encore, c'est elle qui tient ses yeux ouverts.
Elle est dans la force de nos muscles, dans nos élans du coeur, nos poussées de sève, notre désir d'être et de créer, sans souci de l'impossible.
Impossible est impossible! Voilà ce que dit la vie.
Avez-vous déjà vu une touffe d'herbe verte sortir toute étonnée d'une fente dans le bitume?"

Henri GOUGAUD "Les sept plumes de l'aigle" Editions du Seuil, 1995,281p.

lundi 14 avril 2008

Patrons français, soyons fiers de l'être

par Jean JAURES

Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. A toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l’acceptation consciente du risque. Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer. Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité, en prenant sur soi les dangers.

Le courage, pour l’entrepreneur, c’est 1’esprit de 1’entreprise et le refus de recourir à l’Etat ; pour le technicien, c’est le refus de transiger sur la qualité ; pour le directeur du personnel ou le directeur d’usine, c’est la défense de la maison, c’est dans la maison, la défense de l’autorité et, avec elle, celle de la discipline et de l’ordre.

Dans la moyenne industrie, il y a beaucoup de patrons qui sont à eux mêmes, au moins dans une large mesure, leur caissier, leur comptable, leur dessinateur, leur contremaître ; et ils ont avec la fatigue du corps, le souci de l’esprit que les ouvriers n’ont que par intervalles. Ils vivent dans un monde de lutte où la solidarité est inconnue. Jusqu’ici, dans aucun pays, les patrons n’ont pu se concerter pour se mettre à l’abri, au moins dans une large mesure, contre les faillites qui peuvent détruire en un jour la fortune et le crédit d’un industriel.

Entre tous les producteurs, c’est la lutte sans merci ; pour se disputer la clientèle, ils abaissent jusqu’à la dernière limite, dans les années de crise, le prix de vente des marchandises, ils descendent même au dessous des prix de revient. Ils sont obligés d’accepter des délais de paiement qui sont pour leurs acheteurs une marge ouverte à la faillite et, s’il survient le moindre revers, le banquier aux aguets veut être payé dans les vingt-quatre heures.

Lorsque les ouvriers accusent les patrons d’être des jouisseurs qui veulent gagner beaucoup d’argent pour s’amuser, ils ne comprennent pas bien l’âme patronale. Sans doute, il y a des patrons qui s’amusent, mais ce qu’ils veulent avant tout, quand ils sont vraiment des patrons, c’est gagner la bataille. Il y en a beaucoup qui, en grossissant leur fortune, ne se donnent pas une jouissance de plus ; en tout cas, ce n’est point surtout à cela qu’ils songent. Ils sont heureux, quand ils font un bel inventaire, de se dire que leur peine ardente n’est pas perdue, qu’il y a un résultat positif, palpable, que de tous les hasards il est sorti quelque chose et que leur puissance d’action est accrue.

Non, en vérité, le patronat, tel que la société actuelle le fait, n’est pas une condition enviable. Et ce n’est pas avec les sentiments de colère et de convoitise que les hommes devraient se regarder les uns les autres, mais avec une sorte de pitié réciproque qui serait peut être le prélude de la justice !


28 mai 1890 - La Dépêche de Toulouse

Etre Libéral: un tabou?

Liquider mai 68?

une chronique de Jean-Louis CACCOMO

A une époque où l’on se fait fort de défendre le droit des minorités et la diversité des opinions, il est plus que nécessaire de briser le consensus et la pensée unique afin de discuter sans tabou sur les périodes troublées de notre histoire contemporaine avant que la mythification en cours neutralise toute discussion plus objective. Les hommages nostalgiques ont déjà commencé et nous sommes assommés de cantiques obligées de ces soixante-huitards sur le retour dont la plupart sont devenus aujourd’hui des notables installés ou des hommes de pouvoir. Les manifestations lycéennes, devenues un rituel printanier à l'approche du baccalauréat, font écho à ces hommages appuyés. Nous assistons à cette messe tous les dix, en 88 et en 98, comme si chaque génération voulait rallumer une flamme éteinte trop vite. A défaut d'avoir un avenir, on ressasse le passé en le déformant au passage pour les besoins de la propagande en place. Mais avec une vision brouillée du passé, on obtient une vision bien fausse du futur.



Les fameux accords de Grenelle, récemment élevés au rang de mythe inattaquable à l'occasion du Grenelle de l'environnement [1], ont entériné une pratique politique qui constitue une grave déviance de nos institutions républicaines. Quelle que soit l'issue des urnes, le dernier mot revient à la rue, dans un troisième tour permanent orchestré par les partenaires sociaux qui sortent ainsi outrageusement de leur rôle. Ces derniers participent ainsi au filtrage des politiques économiques autorisées, en les soumettant à des critères qui sont de véritables critères de Maastricht avant l'heure à la différence près qu’ils n’ont jamais été ratifié devant aucun parlement.

Depuis les (vrais) accords de Grenelle, nos politiques ont toujours suivi la même direction : baisse du temps de travail, accroissement des minimas sociaux, augmentations des salaires sans tenir compte des performances de notre économie réelle. Et toute politique n'appliquant pas ces principes, dans une logique de soutien à la consommation, fut de fait écartée de sorte que les alternances politiques ne furent qu'un leurre. Il y a les politiques économiques autorisées et celles qui seront définitivement interdites.

C'est ce format qui nous a interdit d'envisager dans les années 80 les seules politiques qui s'imposaient dans le monde entier après la fin d'une période fondée sur la progression régulière des gains de productivité (et qualifiée chez nous de trente glorieuses), et qui ont permis à l'Angleterre et les USA de retrouver le chemin de la prospérité. C’est cet héritage qui nous a permis de ridiculiser Reagan et de diaboliser Thatcher alors qu’ils étaient en train de littéralement sauver leur pays du désastre tandis que nous poursuivions sur la voie tracée par les accords de Grenelle avec le passage aux 39 heures, la baisse de l’âge de la retraite et les augmentations de salaires sans rapport avec les gains sectoriels de productivité. Ce sont de telles ornières qui nous empêchent de traiter objectivement et dans toutes ses dimensions le problème du financement des retraites ou la question lancinante d’un chômage massif qui plombe notre société depuis 1973.



Mai 88, mai 98, mai 2008, chaque décennie apporte son lot de célébrations sans se donner la peine d'exposer un regard critique sur les événements ainsi montés au rang de mythe national, devenu aussi intouchables que le front populaire de 1936. Pourtant, il faut avoir l’honnêteté de reconnaitre qu’il y a une autre lecture des événements moins complaisante et moins glorieuse. Car les accords de Grenelle n’ont en aucune manière stoppés les émeutes de mai 68. Malgré les concessions déjà irréalistes arrachées par les syndicats sous la pression de la rue, ce n’était pas suffisant et le gouvernement de l’époque s’est trouvé totalement dépassé, ce qui est le lot de tous gouvernements cédant à la passion de la rue.

En conséquence, un mois plus tard, c’est un million de français qui descendent sur les Champs-Elysées pour en appeler au Général de Gaulle. Le gouvernement qui venait de signer les accords de Grenelle était ainsi désavoué.

[1] On voit mieux le rapport lorsque Nicolas Hulot, défenseur emblématique et médiatique de la cause écologique, avoue ses sympathies profondes pour Besancenot et Cohn-Bendit.

dimanche 13 avril 2008

Les Gracques





lundi 31 mars 2008

La Full Tax Machine...

par Jean-Louis CACCOMO

Pourquoi faut-il que l’information économique soit toujours délivrée sur le ton du catastrophisme ? C’est que sans doute le manque de connaissance entretient le manque de sérénité de la même manière que l’ignorance est le terreau de la peur et la misère intellectuelle celui du terrorisme intellectuel.

Quand l’économie américaine est en croissance comme elle le fut durant au moins deux décennies consécutives, cette réalité est purement et simplement niée, notamment par ceux qui ont consacré leur vie à prophétiser l’effondrement du système capitaliste. Et quand elle n’est pas niée, elle est vue comme un danger pour notre planète, les américains étant présentés comme les plus gros pollueurs de la planète. Il ne vient jamais à l’esprit que les américains créent les richesses - notamment en innovant - dont ils sont les premiers consommateurs. Aujourd’hui, on montre du doigt le ralentissement de l’économie américaine comme le signe de la catastrophe annoncée.



Il est clair que le ralentissement ne peut provenir que d’une économie qui tourne à plein régime. C’est donc un vent de panique qui agite les marchés financiers qui ne manque pas d’inspirer nos régulateurs bienveillants ! Pourtant, on se place sur un seul côté du marché. Mais la période en cours peut être une formidable opportunité pour acheter des titres, prendre des positions et entrer sur des marchés financiers que d’aucuns laissent penser qu’ils sont réservés à une minorité de privilégiés. Aucune hausse ne peut être indéfiniment continuelle mais il en va de même pour la baisse dans la mesure où, en vertu d’une loi mécanique qui met en relation inverse le prix d’un actif et son rendement, tout mouvement de prix contient toujours les germes du mouvement inverse. Autrement dit, la hausse contient la baisse et la baisse contient la hausse dans un mouvement incessant dont la forme cyclique est somme toute normale. Mais voilà, les ignorants se lamentent lorsque les prix montent pour se lamenter de plus belle quand ils redescendent de sorte qu’à les entendre, l’économie est perpétuellement en crise. Il est certain que lorsque l’on ne comprend pas comment une chose fonctionne, on prétend qu’elle ne fonctionne pas.



Dans ce mouvement de panique générale, tout le monde de s’inquiéter sur le sort de l’économie mondiale si la récession américaine devait dégénérer. Cela tombe bien pour les dirigeants français toujours prompts à trouver des excuses à notre immobilisme structurel. On accuse tour à tour l’euro fort ou la montée du pétrole ; on invoque la conjoncture internationale pour retarder des réformes sans lesquelles pourtant aucune croissance endogène forte ne saurait revenir en France. Mais nous n’avons pas fait les réformes lorsque la croissance américaine et mondiale était forte, ou lorsque l’euro se dépréciait par rapport au dollar, ou lorsque le prix du pétrole était plus abordable.

Et en l’absence de ces réformes, nous restons tributaires de la croissance des autres pays, et notamment de l’économie outre-Atlantique. Pourtant, notre économie est plus sensible au ralentissement de l’économie U.S. qu’à sa vigueur, cette exposition asymétrique étant le signe d’une profonde désarticulation. Le plus grave, c’est que presqu’inlassablement, nous continuons ce travail de pressurisation de notre économie commencé depuis des décennies. Or, dans les moments de grande turbulence mondiale, les gouvernements américains savent baisser la pression fiscale pour rendre de l’initiative aux ménages et aux entreprises et refaire partir la machine. Chose que nous ne savons absolument pas faire. Quand la croissance revient, on taxe plus pour mieux « répartir les fruits de cette croissance ». Quand la crise pointe son nez, on taxe plus « pour protéger les plus faibles ». Les pays libéraux ont inventé la « flat tax » ; nous avons inventé en « full tax » [1]. En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées fiscales car il y aura toujours une bonne cause pour augmenter les taxes : l’écologie, le financement de la télévision publique ou l’entretien des monuments historiques comme le propose l’actuelle ministre de la culture. Là il s’agit non seulement de montrer du doigt les riches, mais de surcroît des étrangers riches, de mauvais étrangers, qui ont le mauvais goût de prendre des vacances luxueuses par les temps dures qui accablent le commun des mortels.



Finalement, les ministres de la république ont retrouvé les mauvaises habitudes des ministres des rois de France qui pensaient enrichir le royaume en taxant toujours plus la population au travail (et non les nobles protégés par leurs privilèges). On sait où cela a conduit.



[1] Dans le Monde du 26 mars 2008, Mr Sapin (PS) juge « inéluctable une augmentation des impôts ». Mais cela est inéluctable dans un esprit socialiste incapable d’envisager une diminution de la dépense publique.